Google Street View et sa couverture géographique très sélective

La carte, mise à jour régulièrement par Google, permet de suivre la couverture de Street View dans le monde. Les zones qui apparaissent en bleu sur la carte ont déjà été explorées au moins une fois par Google avec le système Street View, qui affiche les images des rues que l'on peut parcourir en 3D à l'aide du célèbre petit bonhomme jaune.

La couverture géographique est plutôt inégale : assez dense en Europe et en Amérique, plutôt clairsemée ailleurs, quasi absente en Afrique et en Asie centrale, globalement plus forte dans les territoires peuplés et les espaces urbanisés. Pour déterminer quand et où collecter des images de qualité, l'entreprise Google avertit sur le site qu'elle prend en compte de nombreux facteurs, notamment la météo et la densité de population des différentes zones. Il semble en vérité que cette sélection réponde à bien d'autres choix moins avouables ou plus intéressés.


Les "pays riches" sont davantage représentés. Cependant tous n'acceptent pas d'être couverts par le service Google Street View, à l'exemple de l'Allemagne et de l'Autriche où le service a été suspendu en 2010, suite à des démêlés avec la justice pour des questions de respect de la vie privée. Conscients de l'opportunité de Google Street View pour développer le tourisme, les Allemands ont demandé que les images de leurs appartements ou résidences soient floutées. Le floutage des bâtiments a ouvert la voie à une polémique, amplifiée par l’enregistrement des données WiFi par les "Google Cars".


Dans les pays très vastes (comme par exemple la Russie), où il semble difficile de couvrir l'ensemble du territoire, le choix a été de suivre les voies de circulation importantes : 


En Afrique du Nord (ici l'Algérie comparée à la Tunisie), ce sont seulement les villes ou les littoraux touristiques qui ont été numérisés :



A l'échelle intra-urbaine, certaines grandes villes ne bénéficient que d'une couverture partielle, à l'exemple du Caire (Egypte) dont seuls les principales artères et les quartiers les plus fréquentés sont couverts par Street View. Ces secteurs photographiés sont repérables par des points bleus isolés :



Les territoires de conflits (Syrie, Irak, Afghanistan...) ou les zones de tensions actuelles ou passées (Crimée, bande de Gaza, Kosovo...) sont peu représentés :





Dans certaines villes comme New York ou San Francisco, la caméra à 360° de la "Google car" est déjà passée une douzaine de fois, tandis que dans des zones isolées comme le Nevada les habitants ne l'ont jamais vue. Pour autant dans certains grands parcs américains, il est désormais possible de se balader dans les sentiers en pleine forêt :




La visée commerciale et touristique n'est plus à démontrer. Ainsi la galerie proposée par le site Google Street View présente une série de hauts-lieux touristiques ou culturels, allant de Disneyland Floride aux installations des JO de Pyeongchang, des îles Féroé aux trésors archéologiques de l'Inde... Mais c'est encore dans les villes que la découverte est la plus impressionnante à l'instar de cette visite virtuelle de Vienne par les toits.



Dans cette vue partielle et déformée du monde, tout n'est pas négatif. Des chercheurs ont commencé à s'intéresser aux possibilités offertes par Google Street View pour appréhender les espaces et les paysages urbains, la place et l'impact visuel de la trame verte, les mobilités urbaines ou encore l'évolution future de la ville. L'outil n'a pas été fait pour la recherche, il ne se substitue pas aux  collectes de données. Mais du moins permet-il, par la masse et la qualité des photographies enregistrées sur une assez longue période, de conduire des analyses intéressantes. Des applicatifs ont été développés à partir des images Google Street View, tel par exemple Everyscape. D'autres outils équivalents sont également mobilisés comme Bing Streetside de Microsoft ou encore Mappilary, une plateforme d'imagerie au niveau des rues alimentée par crowdsourcing.

Personnes visibles sur les images de Google Street View en 2007 et en 2016 à La Nouvelle Orléans


Bicyclettes visibles sur les images de Google Street View en 2007 et en 2016 à La Nouvelle Orléans
 Source : Richard Campanella, People-Mapping Through Google Street View. A New Orleans Experiment, novembre 2017


Transformation du paysage urbain à Washington à travers la comparaison des façades de bâtiments dans Google Street View
Source : Michael Blanding, Researchers Use Google Street View to See the Future of Cities, MIT Media Lab. 


Enfin si vous souhaitez échapper à Google Street View, nous vous recommandons cet article intéressant de Thierry Joliveau sur le blog Monde Géonumérique : Echapper à Google Street View ou les affres de la mobiquité.