La cartographie du monde musulman et ses nombreux "map fails"

Ce billet trouve son origine dans une carte publiée le 30 août 2017 par le journal La Croix : D'où viennent les pèlerins de la Mecque ? Nous reproduisons la carte ci-dessous de manière à pouvoir en donner une lecture critique et surtout pour élargir la réflexion aux problèmes posés par la représentation cartographique des pratiques religieuses. 

On ne compte plus le nombre d'infographies dans les journaux qui utilisent des outils de cartographie numérique sans véritablement maîtriser la sémiologie graphique. Le problème est si courant qu'il alimente une collection de "perles cartographiques" consultables sur Twitter avec le hashtag #mapfail. A l'origine, le terme de "fail" signifie, en langage technique, une erreur de code, une panne informatique pouvant avoir des conséquences préjudiciables. Par extension un "map fail" désigne toutes formes d'oubli, d'erreur ou d'approximation, en général involontaires mais pas obligatoirement, qui détournent le message de la carte. Ces cartes défectueuses ne sont pas propres au Géoweb, mais l'explosion du nombre de cartes sur Internet a rendu le problème particulièrement visible. Au départ les "map fails" étaient plutôt le fait d'infographies produites par des outils de traitement d'image non dédiés à la cartographie. Désormais il n'est pas rare de voir des cartes produites par des outils dédiés à la cartographie statistique comportant une sémiologie fautive ou pour le moins approximative. Cela dépend principalement du concepteur de la carte qui n'est pas forcément formé aux règles de la cartographie. Quand on consulte le Géoweb, nombreuses sont les cartes thématiques qui expriment des valeurs absolues sous forme de carte choroplèthe. Tel est le cas de cette carte qui représente le nombre de pèlerins par pays d'origine avec des dégradés de couleurs, du vert clair au vert foncé :



Il est assez aisé de conduire une lecture critique de cette carte. Par exemple la Russie et la France envoient à peu près le même nombre de pèlerins à la Mecque (respectivement 20 500 et 22 000 en 2017). Elles sont toutes deux représentées en vert moyen. L'effet visuel n'est pourtant absolument pas le même, étant donné leur différence de superficie (cf énorme tâche verte pour la Russie). En Asie, la Chine et la Thaïlande (13 000 pèlerins dans les deux cas) n'ont également pas du tout la même taille. Il aurait donc mieux valu une cartographie par figurés ponctuels de manière à s'abstraire de la surface des pays. C'est ce que propose la carte suivante réalisée par Radio France, qui indique le nombre de musulmans par pays en figurés ponctuels et en sous-couche leur proportion en pourcentage par rapport à la population de chaque pays en dégradé de couleurs. La même plateforme de webmapping Carto a été mobilisée, mais avec des choix graphiques assez différents de la part du concepteur :



Bien que plus juste sur le plan sémiologique, cette deuxième carte n'est pas exempte de défauts. Par exemple, la légende ne permet pas de connaître les seuils qui ont servi à déterminer la taille des cercles et le dégradé des couleurs. La dominante de vert (couleur symbolique de l'Islam), et surtout de vert foncé, donne à penser que les musulmans vivent en majorité en Afrique du nord et au Proche-Orient, alors que leur poids numérique est plus important en Asie. Une carte par figurés ponctuels avec la part des musulmans à l'intérieur même des cercles aurait sans nul doute été plus efficace, comme le propose par exemple cette carte de la Cornell University Library. Sur une estimation de 1,6 milliards de musulmans dans le monde en 2010, 62 % d’entre eux vivent en Asie du Sud (Inde et Pakistan principalement) et en Asie du Sud-Est (surtout en Indonésie), sans compter les ex-républiques soviétiques "musulmanes" d'Asie centrale. Une carte par grandes régions continentales serait ainsi plus utile. Ce qui nous semble intéressant dans la comparaison de ces deux cartes n'est pas seulement la différence de figuration cartographique, mais également le choix des sources statistiques.

Dans la première carte, ce n'est pas le nombre réel de pèlerins à la Mecque qui est représenté mais plutôt les quotas établis par pays. La lecture de l'article du quotidien La Croix revient très largement sur cette question des quotas, quand bien même le titre de la carte demeure ambigu : on pourrait croire qu'il s'agit du nombre réel de pèlerins qui ont effectivement pris le chemin de la Mecque en 2017. Ce problème des quotas originels rétablis en 2017, après cinq années de réduction par l'Arabie saoudite, constitue une information importante pour appréhender le sens des statistiques qui sont représentées sur la carte. Victimes de leur succès si l'on peut dire, les lieux saints de l'Islam doivent faire face chaque année à un afflux massif de pèlerins (plus de 2 millions par an). Pour éviter les accidents (mouvements de foule) et renforcer la sécurité sanitaire (fort risque d'épidémie notamment de choléra), le royaume saoudien a été obligé de moderniser ses infrastructures d'accueil ; d'où la mise en place de quotas à partir de 2013, le temps d'effectuer les travaux nécessaires (baisse de 20% du nombre de visas par pays et de 50% pour les Saoudiens qui entendent donner l'exemple, même s'ils bénéficient d'un des quotas les plus élevés avec 200 000 pèlerins).

De fait la carte n'est pas celle de la fréquentation réelle de la Mecque, mais celle des limitations imposées aux pèlerins en fonction de leur pays d'origine. C'est à l'Asie assez logiquement que sont attribués les plus gros contingents de pèlerins, notamment l’Indonésie (221 000 pèlerins autorisés), le Pakistan (180 000), l’Inde (170 000) et le Bangladesh (127 000). Un cas intéressant : le Nigéria, qui constitue la plus importante délégation d’Afrique subsaharienne (95 000 participants), n'a en réalité envoyé que 79 000 participants en 2017 du fait que sa population, assez pauvre à comparer d'autres pays musulmans, n'a pas forcément les moyens financiers de prendre en charge un pèlerinage. En principe, les Saoudiens établissent un quota officiel de 1000 visas par million de croyants. Ce mode de calcul est celui appliqué aux pays à majorité musulmane. Mais les Européens, comme les habitants du pays du Golfe, sont hors quotas. Certains pays sont également soit rédimés, soit carrément interdits officiellement de participation au pèlerinage. Il faut rappeler en effet que le pèlerinage à la Mecque s'inscrit dans des conditions géopolitiques complexes : crise diplomatique avec le Qatar qui accuse notamment l'Arabie saoudite de mal accueillir ses ressortissants, différend avec le Yémen dont les pèlerins sont très surveillés en raison des mauvaises conditions sanitaires du pays et de la guerre qui l'oppose à l'Arabie, interdiction pour la Syrie d'envoyer des pèlerins en raison de la guerre et des positions politico-religieuses de Bachar-el-Assad. L'Iran, grand pays rival de l'Arabie saoudite, s'est vu cependant  réintégré en 2017. Il faut dire que le tourisme religieux constitue une manne pour le pays (une nouvelle rente pour l'après pétrole ?). L'Arabe saoudite accueille 8 millions de touristes, essentiellement dans le cadre de ce pèlerinage. L'activité touristique représente 3,3 % du PIB et emploie directement 603 500 personnes en 2017. Alors que l'Arabie saoudite limitait l'afflux des pèlerins et avait sanctuarisé une grande partie de son territoire, elle envisage désormais de s'ouvrir à tous les pays et même de créer des stations touristiques balnéaires ainsi que des parcs d'attraction : une première historique dans ce royaume ultra-conservateur. 

"Hajj 2017 : combien de pèlerins par pays vont à La Mecque ?
Voici la carte mondiale des quotas".


Le quotidien d'actualité musulman Safir News propose une infographie différente du journal La Croix. Le titre mentionne explicitement qu'il s'agit de la carte des quotas et non du nombre de pèlerins en 2017. Pour autant l'infographie proposée à la suite de cette carte pose problème dans la mesure où elle superpose un histogramme indiquant "le top 10 mondial" des pays (hors Arabie saoudite) en reprenant le code couleur (du jaune au rouge). Difficile de s'y retrouver dans ce classement par ordre décroissant indiquant en même temps les classes de pays par dégradé de couleurs de la carte au-dessus.

S'agissant du décompte des musulmans dans le monde, la source que l'on retrouve le plus souvent dans les cartes disponibles sur Internet est celle du Pew Research Center. Ce centre de recherche américain, qui se présente comme un fact tank non partisan, a pour but d'informer le public sur les problèmes, les attitudes et les tendances qui façonnent le monde. Il mène des sondages d'opinion publique, des recherches démographiques, des analyses de contenu médiatique et d'autres recherches empiriques en sciences sociales. Dans une étude publiée en 2015 (à partir de chiffres de 2010), il affirme s'être appuyé sur une série d’enquêtes, de recensements, de registres de population et d’autres sources de données pour estimer le nombre de musulmans et d’autres groupes religieux à travers le monde, l’objectif étant de compter tous les groupes et les personnes s’identifiant à une religion particulière. De fait, le Pew Research Center (PEW) fait office de référence dans le domaine des statistiques démographiques religieuses mondiales, sans que l'on sache très bien l'origine et la nature des sources composites qu'il utilise (voir la critique de Slate). Une de ses études récentes (29 novembre 2017) aborde par exemple la croissance du nombre de musulmans en Europe. Son étude de 2015 avait déjà pour but d'estimer la population musulmane en 2050.

La question implicite dans cette cartographie, non dépourvue d'arrière-plan idéologique, semble de savoir à quel moment l'Islam deviendra la religion majoritaire dans le monde. De nombreux organes de presse (voir par exemple Slate) ont repris l'estimation du PEW selon laquelle, en 2050, le nombre de musulmans (2,9 milliards) devrait dépasser le nombre de chrétiens (autour de 2,8 milliards). Le site Wikipédia reprend également les statistiques du PEW à son compte, non sans rappeler des précautions importantes formulées d'ailleurs par le Pew Research Center lui-même : les pourcentages indiqués ne témoignent ni de la pratique régulière (la « ritualité »), ni de la foi individuelle (la « religiosité ») des personnes se déclarant musulmanes, mais plutôt de leur attachement à l'Islam en tant que composante culturelle et historique de leur identité.

Pour finir, nous voudrions élargir la réflexion aux problèmes d'approche quantitative des pratiques religieuses. C'est une question récurrente soulevée par de nombreux auteurs (voir références plus bas). Virginie Raisson (laboratoire Lépac) n'hésite pas à parler de liaisons dangereuses entre cartographie et religions. Dans une intervention au FIG 2002, elle fait part des nombreux obstacles qu'elle a pu rencontrer lorsqu'elle a voulu élaborer des cartes du fait religieux dans le monde pour l'émission Le dessous des cartes (RAISSON, 2002). Elle montre en particulier à quel point il est vain de vouloir représenter le poids d'une religion par pays ; il conviendrait davantage de raisonner à l'échelle des régions habitées. L'auteure fait remarquer très justement que l'aire islamique est la seule qui, dans sa plus grande partie, se superpose géographiquement aux autres grandes aires religieuses. La cartographie a tendance à réifier et à essentialiser les phénomènes socio-religieux, ce que l'on retrouve souvent d'ailleurs dans les Atlas des religions qui tentent de délimiter des aires religieuses. Franck Têtart tente par exemple d'y ajouter des dynamiques pour montrer que cette cartographie n'est pas figée :

Source : TETART Frank (2015). "La répartition des religions dans le monde".
Atlas des religions. Edition Autrement (extrait en ligne)


Nous ne reviendrons pas ici sur les débats autour de la carte de Huntington, "Le monde à l'époque du choc des civilisations" qui a suscité beaucoup de controverses. C'est un cas exemplaire de manipulation réduisant les "civilisations" à leur essence religieuse et culturelle. Dans la conclusion de son intervention au FIG 2002, Virginie Raisson émet l'idée que l'analyse des cartes de répartition des religions est une bonne occasion d'éduquer aux enjeux de la cartographie  : "Autant d'éléments qui plaident donc en faveur de l'enseignement de la cartographie en milieu scolaire pour apprendre à déchiffrer les cartes et leur langage". Magali Hardouin aborde à son tour la question en évoquant les questionnements des enseignants confrontés à l'enseignement du fait religieux :

"Le fait religieux se prête fort peu à la quantification. Où prendre les données ? Les chiffres représentent des enjeux de pouvoir mis au service du prosélytisme, de la défense ou de l’oppression d’une minorité, voire de l’obtention de subsides. Celles qui sont issues d’organisations religieuses sont souvent peu fiables. Les estimations présentent des distorsions graves. De nombreux biais faussent les résultats. Se pose également le niveau d’appartenance religieuse. Est-ce que l’on s’intéresse à la croyance qui se trouve dans le secret des consciences ? S’intéresse-t-on à la pratique régulière ou occasionnelle ? Qui comptabiliser ? Un certificat de baptême catholique vaut-il certificat de catholicité ? Comment représenter sur une carte les minorités religieuses ? Se pose également le problème de l’échelle de la carte. A petite échelle, les cartes font disparaître les religions coutumières locales pour ne représenter que les grandes tendances. Pourtant, les religions coutumières locales, même si elles ne sont plus majoritaires dans aucun pays, conservent des adeptes" (HARDOUIN, 2007). Pour l'auteure, il convient d'interroger la construction de ces cartes de pratiques religieuses et de les confronter à d'autres sources.

D'autres auteurs comme par exemple (DAVIE, 2008) en viennent à l'idée que le phénomène religieux n'est pas cartographiable, qu'il est l'objet de trop de manipulations et de finalités géopolitiques inavouées, surtout dans des pays ou des régions où les communautés religieuses sont très mêlées comme au Liban par exemple : "Ces cartes ne seraient que des abstractions inutilisables au plan local, mais les seules clés compréhensibles par les Occidentaux, qui les ont d’ailleurs placées sur un support de leur invention, Internet. Identifier des groupes ethniques ou religieux, les décrire et les localiser, les cerner dans un espace précis puis les cartographier, renvoie à une pratique géographique nécessaire pour des actions politiques ou militaires futures". 

Internet participe à cette instrumentalisation de l'information par les cartes. Il convient donc plus que jamais d'en faire un objet d'éducation et de formation.


Références :

RAISSON Virginie (2002). Cartographie et religions : des liaisons dangereuses, Festival international de géographie de 2002.

DAVIE Michael F. (2008). « Internet et les enjeux de la cartographie des religions au Liban », Géographie et cultures.

HARDOUIN Magali (2007). Laïcité et faits religieux : une question encore sensible pour les enseignants ? Congrès International d’Actualité de la Recherche en Education et en Formation (AREF).

TETART Frank (2015). Atlas des religions. Passions identitaires et tensions géopolitiques. Edition Autrement

L'Atlas des religions (2015) coédité par Le Monde et La Vie


Repenser les cartes à l'ère du Web


Approches critiques et enjeux politiques, sociaux et économiques des nouvelles données territoriales.
Bordeaux, les 10 et 11 septembre 2018.
Lien  : http://cartesduweb.sciencesconf.org/

L’équipe du projet de recherche GÉOBS, en partenariat avec l’Action Prospective « Géoweb » du GdR MAGIS, organise deux journées d’étude à Bordeaux les 10 et 11 septembre 2018 afin d’engager un dialogue entre les chercheurs de différentes disciplines qui analysent l’information géographique sur le Web, de sa production à son utilisation. Dans une approche à la croisée de la géographie, de l’informatique, de l’économie, des sciences politiques, de la sociologie, des sciences de l’information et de la communication ou encore des Science and Technology Studies (STS), etc. ces journées d’étude tenteront d’initier une réflexion transversale sur les infrastructures Web qui occupent aujourd’hui une place centrale dans la mise en carte du monde. L’objectif sera alors d’envisager un possible cadre commun d’analyse afin d’engager une mise à distance des discours des promoteurs de ces plateformes, un recul critique par rapport aux données qui circulent effectivement sur Internet, une analyse fine de leurs usages et non-usages, de leurs divers impacts.

Ce faisant il s’agira de s’interroger sur l’émergence de ces nouveaux régimes de fabrique cartographique : sont-ils en continuité ou en rupture avec les régimes antérieurs, notamment la période où la cartographie fut une pratique réservée aux acteurs les plus puissants, dont l’État ? Participent-ils à une forme de reconfiguration de la gouvernance informationnelle des territoires ? Permettent-ils de révéler des formes (géo)médiatiques alternatives aux productions dominantes ?
Ces questionnements relevant d’enjeux politiques ne peuvent être envisagés sans une analyse fine de ces dispositifs sociotechniques qui soulève une série de verrous méthodologiques : comment être en capacité d’identifier les données géographiques qui circulent sur le Web et suivre leur évolution ? Comment extraire et explorer ces masses de données pour les analyser ? Comment identifier et caractériser les écosystèmes d’acteurs qui se structurent autour de ces données ? Comment caractériser les usages associés à ces contenus et leur valeur ? Comment mesurer l’impact de ces usages à différentes échelles et dans différents champs ? Comment représenter le contenu, les flux et les usages de l’information géographique circulant sur le Web de manière systémique, dynamique ?
Une des priorités de ces journées d’étude est donc d’initier une réflexion transversale pour comparer différents apports disciplinaires permettant le développement de critical data studies qui, en associant STIC et SHS, contribuent à l’enrichissement des connaissances sur ces dispositifs sociotechniques pour révéler les enjeux socio-spatiaux de leur déploiement.

Google Street View et sa couverture géographique très sélective

La carte, mise à jour régulièrement par Google, permet de suivre la couverture de Street View dans le monde. Les zones qui apparaissent en bleu sur la carte ont déjà été explorées au moins une fois par Google avec le système Street View, qui affiche les images des rues que l'on peut parcourir en 3D à l'aide du célèbre petit bonhomme jaune.

La couverture géographique est plutôt inégale : assez dense en Europe et en Amérique, plutôt clairsemée ailleurs, quasi absente en Afrique et en Asie centrale, globalement plus forte dans les territoires peuplés et les espaces urbanisés. Pour déterminer quand et où collecter des images de qualité, l'entreprise Google avertit sur le site qu'elle prend en compte de nombreux facteurs, notamment la météo et la densité de population des différentes zones. Il semble en vérité que cette sélection réponde à bien d'autres choix moins avouables ou plus intéressés.


Les "pays riches" sont davantage représentés. Cependant tous n'acceptent pas d'être couverts par le service Google Street View, à l'exemple de l'Allemagne et de l'Autriche où le service a été suspendu en 2010, suite à des démêlés avec la justice pour des questions de respect de la vie privée. Conscients de l'opportunité de Google Street View pour développer le tourisme, les Allemands ont demandé que les images de leurs appartements ou résidences soient floutées. Le floutage des bâtiments a ouvert la voie à une polémique, amplifiée par l’enregistrement des données WiFi par les "Google Cars".


Dans les pays très vastes (comme par exemple la Russie), où il semble difficile de couvrir l'ensemble du territoire, le choix a été de suivre les voies de circulation importantes : 


En Afrique du Nord (ici l'Algérie comparée à la Tunisie), ce sont seulement les villes ou les littoraux touristiques qui ont été numérisés :



A l'échelle intra-urbaine, certaines grandes villes ne bénéficient que d'une couverture partielle, à l'exemple du Caire (Egypte) dont seuls les principales artères et les quartiers les plus fréquentés sont couverts par Street View. Ces secteurs photographiés sont repérables par des points bleus isolés :



Les territoires de conflits (Syrie, Irak, Afghanistan...) ou les zones de tensions actuelles ou passées (Crimée, bande de Gaza, Kosovo...) sont peu représentés :





Dans certaines villes comme New York ou San Francisco, la caméra à 360° de la "Google car" est déjà passée une douzaine de fois, tandis que dans des zones isolées comme le Nevada les habitants ne l'ont jamais vue. Pour autant dans certains grands parcs américains, il est désormais possible de se balader dans les sentiers en pleine forêt :




La visée commerciale et touristique n'est plus à démontrer. Ainsi la galerie proposée par le site Google Street View présente une série de hauts-lieux touristiques ou culturels, allant de Disneyland Floride aux installations des JO de Pyeongchang, des îles Féroé aux trésors archéologiques de l'Inde... Mais c'est encore dans les villes que la découverte est la plus impressionnante à l'instar de cette visite virtuelle de Vienne par les toits.



Dans cette vue partielle et déformée du monde, tout n'est pas négatif. Des chercheurs ont commencé à s'intéresser aux possibilités offertes par Google Street View pour appréhender les espaces et les paysages urbains, la place et l'impact visuel de la trame verte, les mobilités urbaines ou encore l'évolution future de la ville. L'outil n'a pas été fait pour la recherche, il ne se substitue pas aux  collectes de données. Mais du moins permet-il, par la masse et la qualité des photographies enregistrées sur une assez longue période, de conduire des analyses intéressantes. Des applicatifs ont été développés à partir des images Google Street View, tel par exemple Everyscape. D'autres outils équivalents sont également mobilisés comme Bing Streetside de Microsoft ou encore Mappilary, une plateforme d'imagerie au niveau des rues alimentée par crowdsourcing.

Personnes visibles sur les images de Google Street View en 2007 et en 2016 à La Nouvelle Orléans


Bicyclettes visibles sur les images de Google Street View en 2007 et en 2016 à La Nouvelle Orléans
 Source : Richard Campanella, People-Mapping Through Google Street View. A New Orleans Experiment, novembre 2017


Transformation du paysage urbain à Washington à travers la comparaison des façades de bâtiments dans Google Street View
Source : Michael Blanding, Researchers Use Google Street View to See the Future of Cities, MIT Media Lab. 


Enfin si vous souhaitez échapper à Google Street View, nous vous recommandons cet article intéressant de Thierry Joliveau sur le blog Monde Géonumérique : Echapper à Google Street View ou les affres de la mobiquité.


Géoportail : découvrez la photographie aérienne infrarouge


Pour connaitre le peuplement forestier, c'est sur le Géoportail qu'il faut aller et dans l'infrarouge qu'il faut s'immerger. Au mois de mars 2018, seuls 64 départements sont pour l'instant visualisables.

Explications très pédagogiques sur cette page du Géoportail.

Accès direct à la carte forestière

 
 Mise en évidence de coupes forestières (en vert)


 Photographie aérienne IRC sur le département du Bas-Rhin


Le printemps des cartes - 26 au 29 avril 2018 à Montmorillon (86)

 
L’équipe du festival "Le Printemps des cartes" a le plaisir de vous convier à sa première édition.
L'événement se tiendra du 26 au 29 avril 2018 dans la ville de Montmorillon (86). 
Consulter le programmes des ateliers, conférences et animations

Regarder, découvrir, comprendre, apprendre, s’amuser sont quelques uns des mots pour définir cette première édition du Printemps des cartes.
Quelles que soient les régions cartographiées, les thématiques abordées ou les disciplines mobilisées, les cartes seront au coeur des événements qui rythmeront ces journées.
Des cartes routières aux cartes thématiques, de la carte comme objet artistique à la carte comme outil d’analyse, le Printemps des cartes veut faire voir et rendre accessible la carte à tous. 
Ce festival citoyen et populaire a pour ambition de créer un espace de rencontre et de discussion autour des cartes.

Venez partager avec nous votre intérêt pour la carte autours d’ateliers, de conférences, d’animations grand public, de débats cartographiques et de dégustations géo-gastronomiques !

Au plaisir de vous y retrouver, 
L'équipe du Festival

La mode serait-elle au multiviewer cartographique ?

Voici des visualisateurs cartographiques repérés sur Internet qui permettent de conduire des comparaisons intéressantes grâce à leur affichage en 3 fenêtres synchronisées : un zoom sur la carte permet de zoomer automatiquement sur les deux autres cartes à côté qui s'affichent à la même échelle. C'est très efficace pour comparer des grandes métropoles, leur emprise spatiale, leur étalement, leur occupation du sol... ou encore pour comparer des séries temporelles d'images satellitaires pour un même lieu observé à différentes époques. Les deux applications présentées ci-dessous sont fondées sur l'utilisation de la multi visionneuse d'ESRI.

Urban Observatory

Comparaison de la densité de population entre New York, Londres et Tokyo

Réseaux d'autoroutes dans 3 capitales européennes : Londres, Berlin et Paris

L'Observatoire urbain est une exposition interactive mise à disposition également sur Internet sous forme d'application de webmapping.  Elle permet de comparer plus de 50 grandes villes du monde à travers un visualisateur à triple fenêtrage (à terme il devrait y avoir plus de 100 métropoles disponibles).
L'idée de cette application revient à Richard Saul Wurman (le créateur des conférences TED, par ailleurs architecte et graphiste). Dès 1962, Wurman publiait  un livre présentant les modèles de 50 villes du monde à la même échelle. Mais aujourd'hui, comme l'affirme l'auteur : "Vous ne pouvez pas regarder São Paulo à côté de Shanghai sur Google Maps. Vous ne pouvez pas obtenir de modèles comparatifs". L'affirmation serait à nuancer, car un outil comme Mapfrappe par exemple permet aujourd'hui de comparer la taille des espaces à partir de Google Maps. Wurman s'est associé à Jon Kamen de Radical Media et au fondateur-président d'ESRI, Jack Dangermond, pour créer cette solution ambitieuse. Il n'a pas été facile d'intégrer les données urbaines étant donné que chaque métropole a ses méthodes d'acquisition et de traitement des données, rendant toute comparaison difficile. Pour certaines villes, les données ne sont d'ailleurs pas toutes disponibles. Le pari est cependant assez réussi. 
Les enseignants d'histoire-géographie y trouveront un réel intérêt pour traiter plusieurs thèmes des programmes de géographie, qu'il s'agisse du thème "Habiter les métropoles en classe de 6e" (fondé sur la comparaison de deux métropoles) ou "L'urbanisation dans le monde en classe de 4e", ou bien encore en classe de Première et de Terminale où la métropolisation est abordée en lien avec la mondialisation.

Pour accéder à l'application :
http://www.urbanobservatory.org/compare/index.html

Prolongements :  
L'Atlas urbain européen (données à télécharger pour les intégrer à un SIG) fournit la cartographie des grands types d’occupation du sol sur 305 agglomérations supérieures à 100 000 habitants, réparties sur l’ensemble des 28 pays de l’Union Européenne. Les données sont sur le site de l'Agence Européenne de l'Environnement.
http://www.eea.europa.eu/data-and-maps/data/urban-atlas

ESRI ChangeMatters Viewer

Etalement urbain et mitage à l'est de Montpellier à travers l'indice de végétation NDVI

 
Parcelles agricoles et paysage d'openfield en Champagne

Le visualisateur ChangeMatters proposé par ESRI permet de comparer des images satellitaires anciennes et actuelles. Il s'agit d'images Landsat proposées en infrarouge ou en "vraies couleurs" avec possibilité de choisir des séries temporelles de 1975 à nos jours. Plus de 40 ans de changements à la surface de la Terre sont observables avec cet outil. Grâce à ses trois fenêtres de visualisation, on peut comparer des séries d'images entre elles dans les deux premières fenêtres et afficher les changements dans la troisième fenêtre (notamment grâce à l'inde de végétation NDVI). Certaines images ne sont pas disponibles pour les années 1970 (les missions Landsat n'ayant commencé qu'en 1972) ou, lorsqu'elles le sont, souvent dans des résolutions inférieures.

Pour accéder à l'application :



Comment la cartographie animée et l'infographie donnent à voir le changement climatique

Depuis un siècle les températures enregistrées à la surface du globe sont en augmentation et depuis 2014, chaque année est en moyenne plus chaude que la précédente. C'est le phénomène du "réchauffement climatique". Mais comme chacun sait, on devrait plus exactement parler de changement global, tant les températures (sans parler des précipitations et des vents) peuvent varier en fonction des régions observées. 

Dans ce billet, nous nous intéressons à la manière dont les cartes et les images numériques issues du géoweb donnent à voir ce changement climatique. Les cartographies animées et les infographies présentées ici sont issues de sources scientifiques. Dans un but de vulgarisation, elles visent à faire comprendre l'accélération du phénomène de réchauffement à partir de 1970 et surtout depuis les années 2000. Souvent agrémentées de courbes et  d'histogrammes, ces cartes animées ne sont pas neutres. En tant qu'outils de communication et de sensibilisation, elles portent un discours que l'on pourra trouver utile, salutaire, mais aussi inquiétant voire alarmiste. Même si la plupart des instituts scientifiques qui ont produit ces animations cartographiques entendent faire oeuvre de vulgarisation, le chemin peut être parfois étroit entre sensibilisation et catastrophisme.

Voici, pour commencer, une série de cartes produites par la NASA entre 2011 et 2017 et dont l'évolution du format de présentation est intéressante. Ces quatre animations prennent comme point de départ les années 1880, soit le moment où les scientifiques ont commencé à enregistrer les températures sur l'ensemble de la surface de la Terre.

1880-2011 : Réchauffement climatique (NASA TDC)


Cette première infographie propose une cartographie animée des données de température sur la période 1880 à 2011. Les zones en dégradé de rouge-orangé indiquent des températures supérieures à la moyenne, tandis que les zones en dégradé de bleu indiquent des températures plus basses que la moyenne. La légende telle qu'elle apparaît sur la carte ne permet pas vraiment de savoir quelle est la période qui sert de référence. Il faut aller à la source des données sur le site de la NASA pour comprendre que la période de référence concerne les années 1951-1980. Ces données ont été produites par le Goddard Institute for Space Studies (GISS) à New York, qui surveille les températures à la surface du globe. Elles ont été compilées à partir des données météorologiques de plus de 1000 stations météorologiques, auxquelles s'ajoutent des observations satellitaires de la température de surface des océans et des mesures de la station de recherche antarctique. Le fond de carte est une projection Mercator classique. Le rythme de défilement est rapide, la musique est assez enjouée. 

Cette vidéo (d'une durée de 31 secondes) a été mise sur Youtube par le Studio de visualisation de données scientifiques du GISS, elle est aussi disponible en haute définition sur le site de la NASA (mais sans fond sonore). Elle mobilise des données du TDC (Telemetry Decoder Core), qui rassemble, analyse et décrypte les données de télédétection de la NASA. La vidéo ne donne pas d'explication à ce  réchauffement de 0,5 °C sur 131 ans. Il faut aller sur le site de la NASA où il est affirmé que les températures plus élevées sont aujourd'hui largement soutenues par l'augmentation des concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, en particulier le dioxyde de carbone. Ces gaz absorbent le rayonnement infrarouge émis par la Terre et libèrent cette énergie dans l'atmosphère plutôt que de la laisser s'échapper dans l'espace. Comme leur concentration atmosphérique a augmenté, la quantité d'énergie "piégée" par ces gaz a conduit à des températures plus élevées, alors qu'on a connu au cours des dernières années les effets de refroidissement de La Niña et une faible activité solaire. En  2011, la NASA enregistre la 9e année la plus chaude de la période. La même année, le directeur du GISS, James E. Hansen s'attend à une température moyenne mondiale record au cours des deux ou trois prochaines années, car l'activité solaire est en hausse et le prochain El Niño devrait augmenter les températures dans la zone intertropicale du Pacifique.

1880 - 2013 : Cinq ans d'anomalies de températures (NASA)


Cette 2e carte animée ressemble à s'y méprendre à la précédente : même source de données, même dégradé de couleurs, même période de référence (1951-1980), même évolution depuis 1880 mais prolongée jusqu'à l'année 2013 (au lieu de 2011 comme la précédente). La vidéo fait défiler les années à la même vitesse sur une durée de 30 secondes. Différence significative : il s'agit d'une projection Robinson qui respecte davantage la surface relative des continents. Autre changement intéressant : le titre quelque peu ambigu "1880-2013 : Cinq ans d'anomalies de températures" attire l'attention sur la période récente de réchauffement entre 2009 et 2013. La musique d'ambiance donne une impression de mystère teinté d'inquiétude, comme si des échos ou des cris lancinants venaient de la Terre elle-même. Il s'agit du titre Echoes extrait de l'album "E-world : The ultimate edition" du groupe Zero-project paru en 2013. Le choix musical n'est pas anodin : la signification de "Zero-project" renvoie à l'absence de futur pour la planète si l'on ne diminue pas les GES. Sur son site, le groupe musical donne une version plus poétique : ce nom décrit un voyage qui part de zéro et pointe vers les étoiles. Tout espoir n'est pas perdu si l'humanité réagit à temps.
Sur le site du NASA Scientific Vizualisation Studio, il est précisé qu'à l'exception de 1998, les 10 années les plus chaudes depuis 134 ans se sont toutes produites depuis 2000, les années 2010 et 2005 étant les années les plus chaudes jamais enregistrées. En 2013, cela fait 38 ans que l'on n'a pas enregistré une année de températures plus fraîches que la moyenne. Le site fournit en outre une série de petites animations très courtes : une première animation raccourcie à 7 secondes sur la période 1950-2013, une deuxième de 14 secondes avec un pas de temps de 5 ans de 1880-1884 à 2009-2013, enfin une troisième qui n'indique plus les années dans un scénario abrégé raccourci à 3 secondes ! On perçoit que les échelles temporelles deviennent la clé de lecture du phénomène dans une accélération continue où ces animations tendent à résumer 130 ans d'évolution en quelques secondes. Et le Studio de visualisation scientifique de la NASA d'ajouter cette petite note comme par précaution :  "Nous donnons les sources de l'ensemble des données utilisées dans ces visualisations, mais nous ne conservons pas les détails ni les ensembles de données eux-mêmes sur notre site". Suivent une série de mots-clés avec des instituts ayant fait des observations similaires ainsi que des noms de chercheurs ayant travaillé sur ces données et ayant étudié la question du réchauffement climatique. Il revient donc à l'internaute de remonter à la source de ces études scientifiques pour en savoir plus.

1880-2017 : Températures et réchauffement climatique (NASA, Science Nature Page)


Dans cette 3e animation, les modifications sont nettement plus importantes. L'animation cartographique est deux fois plus longue (1mn 03) et le pas de temps à changé avec des moyennes de températures sur cinq ans. Des phrases apparaissent en surimpression de la carte comme dans une forme de récit. On comprend très vite qu'il s'agit d'un film qui déroule une histoire...sauf que le texte couvre une grande partie de la carte. Le texte se fait plus discret dans la deuxième partie de la vidéo, laissant place au fond musical (plutôt agréable) et à l'image qui se suffit à elle-même pour administrer la preuve.
La vidéo démarre sur ce constat grave : l'année 2017 a été la seconde année la plus chaude depuis 1880, avec un trend de réchauffement rapide sur les 10 dernières années. Le film part donc d'aujourd'hui pour remonter le temps dans l'autre sens. Du coup le texte semble décalé dans toute la première partie de la vidéo où l'on annonce la fonte des glaces, la remontée du niveau marin, des saisons plus chaudes et plus longues... alors qu'on en est seulement au milieu du XXe siècle (une sorte de scénario prédictif pour le moins anticipé).  Mais peu importe, puisque ce que l'on regarde alors c'est le texte et non la carte. Au moment où s'affichent les années 1950-1980, soit la période moyenne de référence où le réchauffement était encore minime et où les données satellitaires n'étaient pas aussi développées qu'aujourd'hui, le texte affiche de manière décalée par rapport à l'image : "La NASA continue à enregistrer les températures et leurs effets sur la météo et sur le climat de manière à mieux comprendre notre planète en tant que système interconnecté". Il faut faire un arrêt sur image pour avoir le temps de vraiment constater l'aggravation du réchauffement sur la période 2013-2017. Dans une conception téléologique, on aurait pu s'attendre à un centrage sur la dernière période, mais la vidéo préfère enchaîner sur une longue séquence finale donnant simplement un logo et un nom, ceux de la Page Science Nature, un canal de diffusion qui regroupe des vidéos scientifiques sur Youtube. La dimension sensibilisation est donc clairement revendiquée, alors que dans les deux vidéos précédentes les références scientifiques étaient davantage présentes.

Températures globales de surface en 2017, 2e année la plus chaude enregistrée malgré l'absence de phénomène El Niño (NASA News)

Cette 4e animation mise en ligne sur Youtube en janvier 2018 est beaucoup plus longue (7mn 54). Il s'agit d'un véritable film produit directement par la télévision de la NASA. Le verdict est donné dès l'introduction avec un long arrêt sur un planisphère tout de rouge-orange coloré : 0,9 °C de plus par rapport à la moyenne des températures enregistrées. 2017 est la 3e année avec 2015 et 2016 à battre tous les records de température. Un bémol est cependant apporté : les scientifiques observent des variations dans leurs résultats en raison de méthodes d'analyse différentes. Mais globalement le réchauffement observé sur le long terme se poursuit en 2017. Par comparaison, la vidéo enchaîne sur un planisphère beaucoup plus bleuté, mais on ne sait pas vraiment qu'il s'agit des années de référence 1950-80. Puis s'affiche à l'écran un histogramme qui vient appuyer la démonstration pour montrer les anomalies de températures observées sur terre et sur mer entre 1880 et 2020, date à laquelle on devrait franchir le cap d'un degré de réchauffement selon les prévisions (au passage on découvre que derrière ce long trend séculaire se cachent des variations annuelles importantes). Vient alors une nouvelle carte montrant les écarts observés entre mars 2017 et les années 1950-80 avec un même dégradé des couleurs froides (bleu) aux couleurs chaudes (rouge-orangé), mais avec un gradient de températures beaucoup plus grand allant de -4° à + 12 °C. Ces amplitudes très fortes interrogent les scientifiques du fait que 2017 n'était pas une année El Niño.

Désormais la vidéo intègre l'idée que l'on peut connaître des zones de refroidissement à la surface de la Terre, alors même que la tendance globale est au réchauffement. D'autres sources que la NASA sont citées, telle que la NOAA qui avance que 2017 a été la 3e année la plus chaude après 2015 et 2016, tandis que le UK Met Office pense au contraire que 2017 a été moins chaude que 2016 mais possiblement identique à 2015. L'explication viendrait du fait que le phénomène El Niño enregistré en 2015 s'est poursuivi sur le début de l'année 2016. A l'inverse le phénomène de La Niña donnant des eaux plus froides dans le Pacifique (le plus grand océan au monde) aurait débuté assez tard dans l'année 2017. Quelles que soient les divergences, 2017 serait la 41e année consécutive (depuis 1977) à enregistrer des températures plus élevées que la moyenne (voir cette belle cartographie NASA-MODIS pour l'année 2017). La vidéo propose ensuite une deuxième carte des écarts de températures prouvant que, sans les effets consécutifs d'un El Niño important et d'une Niña tardive, 2017 n'aurait pas été l'année la plus chaude jamais enregistrée. Selon la NOAA, l'Amérique du Sud aurait connu sa 2e année la plus chaude, l'Asie sa 3e, l'Europe sa 4e, l'Afrique sa 5e et l'Océanie sa 6e. Là où la vidéo devient intéressante, c'est qu'elle n'en reste pas aux causes du réchauffement climatique dont il est rappelé qu'il s'agit en grande partie des rejets de CO2 dus aux activités humaines (en réalité d'autres GES sont aussi responsables du réchauffement). Les conséquences du changement climatique sont  abordées succinctement puisqu'il est affirmé que 2017 a été l'année la plus coûteuse du point de vue des catastrophes météorologiques et climatiques (sans chiffres à l'appui du point de vue des assurances ou des Etats qui vont dédommager de ces catastrophes)
Ce que l'on peut dégager de cette analyse, c'est que la NASA cherche à sensibiliser le grand public au changement climatique, mais que ce message est quelque peu simpliste, voire alarmiste. Elle a progressivement changé sa façon de communiquer en affinant ses analyses et en nuançant ses conclusions. Dans les représentations sociales, réchauffement global n'est peut-être plus synonyme de réchauffement climatique homogène pour l'ensemble des zones géographiques qui ne sont pas soumises aux mêmes changements ni aux mêmes rythmes de variation. De manière intéressante, l'image cartographique (malgré toute la mise en scène qui l'accompagne) ne semble plus le support privilégié pour produire un discours sur le réchauffement climatique. Il convient de chercher d'autres moyens pour représenter des données spatio-temporelles. On voit désormais apparaître de nouvelles infographies à base d'histogrammes animés pour représenter de manière diachronique les différences de températures en fonction des régions.

1900-2016 : comment les températures ont changé dans chaque pays depuis un siècle


Cette infographie a été élaborée par Antti Lipponen du  Finnish Meteorological Institute à partir des mêmes données GISTEMP du GISS. Cependant le mode de représentation des données diffère totalement. Elle projette sur un histogramme à 360° les données de températures de tous les pays regroupés par continent. Les années défilent au centre de l'écran pour une période allant de 1900 à 2016. Les barres du graphique s'élèvent et s'abaissent par grandes zones géographiques montrant différents rythmes de pulsation sur un siècle (une sorte de "pouls" thermique de la Terre). A l'inverse des cartographies animées de la NASA qui représentaient d'abord de l'espace, il s'agit de représenter du temps. Le résultat pourrait sembler identique dans la mesure où le réchauffement attesté par la densité très forte des barres rouges à la fin de l'animation témoigne du même phénomène d'aggravation du réchauffement. On peut souligner néanmoins le paradoxe : alors que les planisphères donnaient à voir une vue globale du réchauffement sur un laps de temps continu, ce type de data visualisation donne à voir des périodes et des zones géographiques contrastées selon une approche discontinue, sur un espace néanmoins unique schématisé par le cercle de la Terre. N'est-on pas en train de sortir de la vision téléologique et catastrophiste reposant sur un seul scénario prévu d'avance ?  Le regard sur le réchauffement climatique devient plus nuancé avec la possibilité d'envisager plusieurs scénarios. En l'occurrence, les climatologues utilisent différents modèles d'analyse fondés sur différentes sources de données, tels  le GISTEMP ou le HADCRUT, qui reposent eux-mêmes sur des modèles évolutifs.

Historique des changements de températures en fonction de la latitude


Cette infographie reprend la même disposition d'un histogramme à 360° mais en indiquant avec précision les latitudes (et non plus les pays répartis par continent). De manière très pédagogique est présenté en introduction le modèle de construction du graphique. Les anomalies de températures sont analysées et représentées par bandes de 5° en fonction du degré de déviation par rapport aux latitudes observées. Les données sont issues d'autres modèles de données utilisés par le UK Met Office (Land CRUTEM.4.5.0.0 et le Ocean HadSST.3.1.1.0) mobilisant des méthodes différentes du GISTEMP et du HADCRUT. Cette data visualisation présente l'intérêt de représenter les variations par zones latitudinales tout en construisant au fur et à mesure deux courbes de températures globales, l'une pour les océans et l'autre pour les continents (voir les deux graphiques-courbes au bas de l'infographie). Ainsi deux niveaux de lecture sont offerts à l'utilisateur qui peut observer le changement global tout en envisageant les variations zonales.

Simulation des changements de températures globales (1850-2100)

http://www.slate.fr/sites/default/files/spirale-mort.gif
Cliquer sur l'image pour lancer l'animation

Cette spirale animée, conçue par Jay Alder, de l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), est l’extension de celle créée en mai 2017 par le climatologue Ed Hawkins. Cette première spirale représentait la moyenne mensuelle  des températures observées dans le monde (issues de la base de données HadCrut 4) en référence à la moyenne des années 1850-1900. Avec cette nouvelle spirale, la tendance générale au réchauffement climatique – et notamment son accélération depuis 1980 – saute immédiatement aux yeux... sauf qu'il faudrait complètement inverser la symbologie des couleurs pour éviter d'avoir à la fin 2100 en bleu ! Le scénario, assez pessimiste, repose sur une progression continue des températures. On perd également toute référence spatiale. Le focus est mis sur la variation annuelle selon une approche exclusivement temporelle au détriment de l'approche spatiale.
Ce qui semble notamment en cause dans le débat sur le réchauffement climatique est la difficulté à prendre du recul par rapport aux données récentes, de sorte que les variations météorologiques sur l'année n'infèrent pas forcément un changement profond du climat sur plusieurs années. Autre élément qui surgit dans le débat, bien que la question ne soit pas nouvelle : la part de responsabilité du CO2 dans l'aggravation de l'effet de serre à l'échelle mondiale. Ainsi voit-on apparaître de nouvelles infographies cherchant à montrer le degré de corrélation entre les deux phénomènes :



Ce billet ne reprend qu'une petite partie des nombreuses infographies et cartes animées disponibles sur le sujet. Si vous voyez d'autres animations intéressantes pour mettre en lumière la façon dont les scientifiques communiquent leurs résultats et la manière dont les procédés de data visualisation donnent à voir les discours actuels sur le réchauffement climatique, n'hésitez pas à nous les signaler...


Prolongements :
  • Mark Altaweel, Visualizing Climate Change With Maps, 16 janvier 2018,  consultable sur le site Gis Lounge. Cet article met en évidence le catastrophisme véhiculé par certaines cartes dans le choix des couleurs utilisées et insiste sur la nécessité d'une communication scientifique plus nuancée concernant le changement climatique.
  • Birgit Schneider (2016). Burning worlds of cartography: Acritical approach to climate cosmograms of the Anthropocene. Geography and Environment, 3(2). Les cartes climatiques représentant une planète rouge ont en quelque sorte supplanté la planète bleue dans les imaginaires. Pour l'auteure, ces représentations destinées à faciliter la compréhension des phénomènes climatiques, reflètent une véritable cosmologie. Elle n'hésite pas à qualifier ces cartes de cosmogrammes climatiques.
  • Laura Olivier, How Climate Change Affects Cartography, Atlas obscura, 26 octobre 2017
    La vision des cartes statiques et accrochées au mur est très ancrée dans notre culture, car c'est ainsi que nous traitons les cartes depuis des centaines d'années. Mais le changement climatique conduit à changer notre façon de concevoir et de lire des cartes.
  • Claire Cunty, Hélène Mathian et Groupe Cartomouv, Les pratiques de cartographie animée pour représenter le changement, M@ppemonde, avril 2017.
    Cet article propos
    e une grille de lecture des animations cartographiques qui sont en pleine croissance sur le web.
  • Le groupe de recherche CartoMouv' (cartographie du changement, cartographies en mouvement).
    Ce site propose un "laboratoire sémiologique" permettant d'explorer les potentialités de l'intégration du temps dans une représentation cartographique, à partir de l'animation d'objets graphiques simples et génériques. On y trouve également des exemples d'animations sur :

    - les étapes d'élargissement de l'Union européenne
    - la population mondiale
    - la diffusion de l'euro  
    - la population urbaine aux USA
    - la gentrification à Paris

Pistes pédagogiques :

Le changement global a fait son entrée dans les programmes de géographie parus en 2015, notamment en cycle 4, classe de cinquième. Thème 3 : « Prévenir les risques, s'adapter au changement global ». Sous-thème : « le changement global et ses principaux effets régionaux ». Alors que pour les sciences environnementales, le changement global évoque les seuls effets du changement climatique (environnementaux et météorologiques), pour les sciences sociales, la notion est plus large et englobe aussi les mutations socio-économiques engendrées par la croissance démographique, l'urbanisation, la modification des usages des sols et des ressources, la déforestation…

Voici en complément quelques images qui peuvent servir de documents d'accroche pour étudier le changement climatique et ses représentations :

Selon le Giec, la planète pourrait franchir le seuil de 1,5°C dès 2030
 (source : France Inter © AFP / Joel Saget)

Au coeur de la recherche, les "points de bascule" du climat (source : Sciences et avenir)



Infographie COP22 - Changements climatiques (source : RFI Afrique, © Getty/David Trodd)



Le monde devra engager des transformations rapide et sans précédent, s'il veut limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, soulignent les experts climat de l'ONU (GIEC) dans leur rapport de 2018 (source : La Dépêche)




Changement climatique : vers un point de non retour ? (source : comment-economiser.fr)



L’ours polaire fait-il trop d’ombre à la banquise ? (source : Reporterre, le quotidien de l’écologie)



Animation montrant le réchauffement sur 150 ans
(source : Data is beautiful)